+33 6 26 19 17 47 sophiebrarda@yahoo.fr

A quoi servent les contes de fées ?

Pourquoi des histoires, si anciennes qu’on pourrait les croire désuètes, inadaptées à notre époque, nous parlent-elles encore autant ? Parce qu’elles reflètent nos structures psychiques fondamentales. Sous forme d’images symboliques, elles traduisent les problèmes auxquels nous sommes confrontés dès l’enfance, et qui touchent à la fois aux relations dans la famille (rivalité fraternelle, inceste…) et aux problèmes personnels (renoncement aux dépendances de l’enfance, affirmation de la personnalité, prise de conscience de ses propres valeurs, dépassement du conflit œdipien…). La fée est notre part de magie, d’inconscient. Elle découvre les opportunités et provoque les situations propices au changement.

Que disent les grands psychanalystes ?

Les interprétations symboliques des contes des fées ainsi que leur relation avec l’inconscient sont devenues un champ de spéculation où entrent en lice aussi bien des analystes freudiens que jungiens (Bettelheim, 1976 ; Von Franz, 1982).

  • Le livre de Bruno Bettelheim (Psychanalyse des contes de fées) est devenu un classique de l’approche psychanalytique de ces récits. Il offre un tableau élaboré de la relation entre l’enfant et les contes de fées, en mettant l’accent sur leur valeur thérapeutique pour l’enfant. Bettelheim a longuement analysé des contes populaires et a tenté de démontrer la manière dont chacun d’eux reflète des conflits ou des angoisses apparaissant à des stades spécifiques du développement. Grâce à sa longue expérience clinique en tant qu’éducateur et thérapeute auprès des enfants et leurs parents, Bettelheim élabore des interprétations des contes. Il suggère que les contes aident l’enfant à découvrir le sens profond de la vie tout en le divertissant et en éveillant sa curiosité. Les contes stimulent l’imagination de l’enfant et l’aident à voir clair dans ses émotions mais aussi à prendre conscience de ses difficultés tout en lui proposant des solutions possibles aux problèmes qui le troublent. Bruno Bettelheim dit que cela propose à l’enfant une histoire plein de dimensions et soulève les problèmes de l’être humain. Cela a une vertu pédagogique et offre les outils nécessaires pour affronter la vie.
  • Marie Von Franz (L’interprétation des contes de fées, Ed Albin Michel) souligne que ces contes sont l’expression la plus pure et simple des processus collectifs inconscients, expression de la dialectique du Soi et de l’ombre, de l’animus et de l’anima. En cela les contes s’adressent aussi aux adultes et renvoient à des archétypes qui se meuvent dans la psyché de l’individu.
  • Bernadette Bricout (la clé des contes, Ed Seuil) ajoute que traditionnellement c’est un acte oral et cela est co-créé par les mères et leurs enfants, non-inventé par des adultes. Les contes les plus connus sont les contes qui fonctionnent comme révélateurs et s’adressent à l’inconscient. Le conte est situé hors du temps : « il était une fois… » C’est rassurant et permet de prendre de la distance avec son temps à soi. On ouvre le champ des possibles, on peut se livrer à la peur de l’ogre, sans craindre de le rencontrer réellement dans la vraie vie.

Quel est le rôle d’un conte ?

  • Il stimule l’imagination.
  • Éclaire sur sa vie.
  • Règle des situations ou des énigmes émotionnelles et psychiques.
  • Divertit et éveille sa curiosité.
  • Aide à développer son intelligence et à voir clair dans ses émotions.
  • Procure des prises de conscience sur ses difficultés, tout en faisant percevoir et entrevoir des solutions à des angoisses.
  • Permet de mettre en accord tous ses aspects de sa personnalité, sans amoindrir la gravité de la situation, en donnant confiance en soi et en son avenir.
  • Montre l’importance de la vie psychique, comme dans un rêve. Nous construisons notre vie comme on écrit un conte.
  • Prépare l’enfant à la séparation des objets du jour, c’est comme un deuil quand vient la nuit. On dit au revoir à une journée. Le «Bonne nuit les petits» c’est la phrase clé pour se replier dans son intériorité, dans le monde des rêves.

Comment est construit le conte ?

  1. Situation de l’action.
  2. Présentation du héros.
  3. Mise à distance par le fait d’une menace perçue par l’enfant, ce qui provoque une séparation associée à une injonction (exemple dans le conte de  Barbe Bleue l’injonction : « n’ouvre pas cette porte »). Ce moment du conte fait surgir forcément une transgression. Et révèle l’agresseur : le loup, l’ogre, la sorcière maléfique !
  4. L’épreuve initiatique du jeune héros, qui en transgressant l’interdit trouve des solutions, cela permet d’intégrer qu’il est possible de trouver des alternatives.

Il y a un sens spirituel : c’est un récit initiatique vers l’au-delà, qui remonte de nos racines vers le ciel.

Les contes sont les héritiers du monde païen, temps ancien avant les mythes, préexistants à la société chrétienne. D’après Herder, les contes contiendraient les restes d’une foi depuis longtemps ensevelie, théorie du paganisme ou panthéisme où l’homme est en communion avec la nature et le grand tout.