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D’où vient le terme Persona ?

Les masques du théâtre antique* sont à l’origine du terme employé par Jung pour désigner la personnalité extérieure. Il a trouvé que ces masques très expressifs, facilement identifiables pour les spectateurs représentaient le costume social qu’on endosse vis-à-vis des autres. La persona c’est le moi idéal projeté et bien souvent sert à masquer les aspects honteux ou désagréables que l’on réprouve.

(*voir photo plus haut)

Un processus de sur-adaptation

Enfant, on se construit une persona pour s’adapter aux sollicitations extérieures, vis-à-vis de la société. En premier lieu, on tente de répondre aux injonctions parentales, on essaye d’être la fille ou le fils parfait selon les attentes parentales. Puis à l’école, en fonction des règles et des codes sociétaux, on se forge une personnalité la plus populaire possible. Et si ça ne marche pas, on s’enferme dans un rôle que l’on s’attribue: le geek, le sportif, le branché, le rebelle, le cancre, le mauvais élève, le rêveur, le séducteur, le comique, etc. Bref on se réfugie derrière un stéréotype en fonction de la situation. De cette manière, on cherche la validation ou l’approbation sociale.  Ensuite, à l’âge adulte, on répond aux demandes des collègues au travail, du boss ou du supérieur hiérarchique, puis on essaie de donner le change en fonction de ses amis et des autres. Et enfin, auprès de ses propres enfants, on cherche coûte que coûte à donner une image de parent telle qu’on s’imagine que l’on devrait être.

L’homme ou la femme « caméléon »

Au fil du temps, on fonctionne comme un caméléon donnant une image selon les requêtes des uns et des autres. Malheureusement, au bout du compte, on en arrive à se sentir morcelé, vivant un conflit psychique, tiraillé entre ces différents rôles ou masques et sa véritable personnalité. Car tant que l’on s’identifie à ses multiples masques sociaux, c’est-à-dire la personne telle qu’on pense que l’on devrait être en fonction d’autrui, cela se fait au détriment d’une part plus profonde, plus vraie et authentique. Cette part enfouie, méconnue, réprimée, étonnante, libre et singulière, c’est ce que Jung appelle le Soi.

Voici une histoire que Jung relate dans un de ses livres

« Celui qui s’est forgé une “persona” trop avantageuse souffre en échange d’une émotivité maladive. Bismarck avait des crises de larmes hystériques. La correspondance de Wagner abonde en détails sur ses robes de chambre en soie. Nietzsche écrivait des lettres à un “cher lama”, Goethe s’entretenait avec Eckermann, etc. Mais il existe aussi des compensations plus subtiles que ces faiblesses banales de grands hommes.

Je fis une fois la connaissance d’un homme digne en tout point de respect — on aurait même pu parler de sainteté à son sujet. Je me promenais trois jours en sa compagnie, sans pouvoir lui trouver le moindre défaut. Je commençais à souffrir réellement de mon infériorité, lorsque tout à coup, la femme du saint vint à une de mes consultations… Depuis ce jour, je ne me suis plus laissé prendre aux apparences de la sainteté ; car j’ai compris qu’un homme peut s’identifier complètement avec sa persona au détriment de sa femme en la chargeant de tous les éléments pénibles qui lui sont propres et qu’il voudrait rejeter. La femme, souvent, n’est pas consciente de ce transfert, mais il n’en demeure pas moins vrai qu’une grave névrose est le prix de ce sacrifice d’elle-même. »

Jung , L’âme et la vie